Comment faire croire à ton entreprise que tu travailles alors qu’en réalité tu n’en branles pas une?

A l’heure où la méritocratie et le travail restent unanimement considérés comme des valeurs structurantes de notre société, j’ai voulu rendre un vibrant hommage à ces passagers clandestins que nous sommes..nous, les mangequignons de l’entreprise, partisans du moindre effort, qui cherchons par tous les moyens à déléguer avec filouterie, procrastiner avec grâce et finalement – comme le dit le fameux adage – à sodomiser le système avec panache.

I) Problématisation des enjeux : pourquoi ne rien branler au travail, ça fait plez’?

Pour introduire ma réflexion et mieux comprendre pourquoi ne rien branler au travail ça fait plez’, voici un case study que j’ai fait publier récemment dans The Economist:

Ainsi, sur le papier, en considérant votre rémunération fixe, chaque seconde travaillée en moins est un gain immédiat sur votre salaire horaire. C’est un idéal de vie vers lequel tout un chacun devrait tendre.

Malheureusement, je dois vous prévenir, il s’agit d’un framework purement théorique. En effet, en visant l’asymptote pour maximiser votre salaire horaire et en tentant de ne plus RIEN branler du tout, vous risquez de vous faire VIRER, ce qui ramènerait votre salaire alors à Zero, comme la tête à Toto.

Comme vous pouvez le constater, ne plus rien branler est un pari risqué :/ (cf: la jurisprudence Pénélope Fillon)

Le bon équilibre est à trouver…

II) Créer son propre emploi fictif : comment réaliser concrètement ce miracle économique en open-space?

Le mot clef qui doit guider notre stratégie est le suivant : ne jamais se faire GAULER. J’ai ainsi établi une série de stratagèmes d’escrocs du système qui vous aideront à dissimuler avec succès que vous n’en branlez pas une :

#1 : Le Stratagème du Manteau :

En France, une grosse partie de votre performance est fonction du temps passé dans l’enceinte du bureau. Plus vos horaires de travail sont élevés, plus vous êtes un bogosse de la performance corporate. Ainsi, laissez donc en permanence un manteau ou une veste posée sur votre chaise. Le matin lorsque vos collègues arriveront au bureau, ils seront impressionnés et se diront : « putain mais quel bûcheur ce Steeve! Déjà en meeting en train de créer de la croissance » alors que vous serez encore en train de vous polir tranquillement le chinois dans votre lit.
#SteeveLaMalice

#2 La technique de l’employé busy

En entreprise, plus de 90% du jugement d’autrui repose sur les apparences ou ce que j’appelle « les signaux faibles ». Par exemple, si vous paraissez stressé et/ou dans le rush, c’est un signal faible comme quoi vous êtes quelqu’un de productif. Ce raccourci intellectuel complètement con que réaliseront la plupart de vos collègues doit vous donner des idées! Ainsi disposez des gobelets de café vides un peu partout sur votre bureau pour montrer que « vous carburez au caoua« . Accrochez également des post-it sur l’écran de votre ordinateur. Pour faire genre que vous avez une To-Do.
Egalement, lorsque vous vous déplacez dans les couloirs, prenez toujours un dossier avec vous pour que l’on croit que vous vous rendez à un meeting de type business. Même lorsque vous allez simplement déposer un hotdog au chocolat aux waters-closet.

Astuce pour aller plus loin : Avoir une poche d’urine disposée sur votre bureau pour leur faire croire que vous n’avez même plus le temps de vous déplacer aux toilettes #Stakhanov.

#3 Identifier un complice branleur

Avoir un ami branleur sur son lieu de travail peut également s’avérer très utile. Vous pouvez ainsi organiser de fausses réunions ensemble et bloquer des créneaux de deux heures entières à ne rien branler. Assurez-vous de mettre des intitulés de réunion crédibles genre « business planning follow-up » ou « kick-off meeting » sur l’agenda collaboratif.
Puis mettez-vous un putain de gros son. Kiffez.

#4 L’Entourloupe du Schoko-bon

On a du mal à en vouloir aux gens qu’on aime bien. En achetant l’amitié de vos collègues et supérieurs, vous arriverez plus facilement à leur faire oublier que vous n’en branlez pas une et qu’ils se tapent tout le boulot. Ainsi rapportez-leur des Kinder Schoko-Bons régulièrement. Voici l’impact d’un don de schoko-bons sur la perception de votre performance réelle :
Une corrélation linéaire de coefficient 1 comme vous pouvez le constater.

#5 : Enculer les mouches :

Une technique bien connue pour faire penser aux autres qu’on a un impact réside dans le fait d’enculer sans préparation les mouches. En utilisant par exemple des mots complexes à haute voix type « nonobstant », « a fortiori », « pipeline », « sharp », « focus » ou encore « data-crunching ». Avec ce type de dialecte, les mouches vont souffrir terriblement.

ps : Ma petite astuce pour enculer les mouches un max, c’est d’employer le mot « courriel » à foison. La légende raconte qu’à chaque usage du mot « courriel », une mouche se fait sodomiser dans le monde.

#6 L’hologramme espiègle

L’hologramme espiègle, technique développée par Obi-Wan Kenobi et popularisée par Jean-Luc Mélenchon pour cesser d’aller en meeting et se gratter les couilles devant les Anges de la Télé-réalité, est également une tactique. Mais celle-ci à un coût de développement de 100 000 euros. Une opération rentable uniquement si vous êtes Chief Executive Officer de votre entreprise #dommage

#7 L’esquive du déjeuner :

A l’heure du déjeuner, laissez partir vos collègues en rouspétant fort et avec dépit: « ooh je suis désolé, j’aurais adoré déjeuner avec vous mais c’est le rush en ce moment« . Ne faites rien pendant 1 heure. Et ne partez manger qu’à leur retour. L’avantage sera double : ils penseront une nouvelle fois que vous êtes un putain de héros corporate qui place le travail avant l’imminence d’une entrecôte-frites gourmande. Et, deuxio, ça vous évitera de déjeuner avec ces FDP.

#8 Le stratagème du « sourcil furax »

Dès qu’un collègue passe devant votre bureau, froncez vos sourcils devant votre ordinateur avec insistance. Genre vous tentez de résoudre un problème stratégique particulièrement majeur pour l’entreprise. Puis au bout de 8 secondes, rouspétez « Bordel logiciel de merde qui rame« , en tapant du poing sur la table tel un rebelle corporate.

N’hésitez pas à en faire un peu trop comme ci-dessus : on doit croîre que ça vous affecte vraiment.

#9 Recruter un stagiaire… ?

Recruter un jeune stagiaire afin de lui déléguer absolument tout est une option car, sans historique ni expérience, il pensera que sa charge de travail est normale. Mais ce petit connard pourrait finir par découvrir le pot aux roses et se plaindre. Ce qui mettrait à mal votre stratagème machiavélique.

#10 Sous-traiter son travail à des Pakistanais.

Ainsi, à titre personnel, je privilégie toujours la seconde option qui consiste à sous-traiter à distance mon travail à des Indiens ou à des Chinois (la capacité de travail de ces derniers n’est plus à prouver depuis qu’ils ont élaboré la muraille de Chine). Internet offre en effet cette proximité entre les pays et les peuples, autant en profiter. Et leur salaire étant 10 fois inférieur au vôtre, vous restez largement gagnant. Oui, la mondialisation apporte aussi son lot d’excellentes nouvelles.

III) Conclusion

L’art de ne rien branler en entreprise sans se faire chopper demande une exigence, une certaine logistique mais surtout une concentration de tous les instants. Mais le jeu en vaut la chandelle: une augmentation drastique de votre salaire horaire est à la clef!

Car la croissance de votre salaire est la chose la plus importante qui existe sur terre, ne l’oubliez jamais #inspirationalquote

 

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