Pourquoi Travailler c’est Intérechiant? Un décryptage de la Génération YOLOL (Y + YOLO + LOL)

IntéreChiant = Astucieux mélange d’ Intéressant et de Chiant. IntérêChiant c’est quelque chose dont on dit que c’est intéressant en Société pour se la raconter un peu, mais qui, face au terrible jugement du miroir, se voit gratifier de l’adjectif NUL A CHIER.

« – Tu aimes bien ton travail?

– Ma foi oui j’ai des tâches intéressantes… par exemple j’envoie des emails et je manage des projets.

– Ah Ok! Cool! »

Parfois au bureau, devant son ordinateur, Steeve se laisse envahir par une petite déprime passagère. Parfois, il a l’impression que la vie, et l’essentiel, sont ailleurs, bien loin des considérations professionnelles: « Il fait si beau dehors. Il y a tant de dancefloors à poncer, tant de fous rires à avoir, tant de belles rencontres à faire… Et je suis là à me faire chier ».  Avoir un travail c’est trouver une utilité et une place dans une société. Pourtant Steeve, heureux résidu des couilles de son père et auto-élu grand chantre de la génération YOLOL (Y + YOLO + LOL) s’interroge différemment: Comment trouver SA place dans la société?

 

I)  Le Travail, valeur cardinale de notre éducation

En général, nos proches (famille) et la société souhaitent que nous réussissions notre vie. Ils n’ont pas trop envie qu’on devienne clochard (c’est toujours relou de dormir par terre :/), dealer de drogues, terroriste ou encore pute slovaque. Car dans l’imaginaire collectif: Réussir sa vie = Trouver une position professionnelle enviable en société.

Pourquoi travailler

Dans ce contexte actuel de crise économique, l’arbitrage classique – inhibé par la viscérale peur du risque – enjoint la société entière à nous chanter l’injonction suivante: Pour Réussir Dans La Vie, Il Faut Bien Travailler à l’Ecole et Faire des longues (très longues) Etudes! 

 

II)  Le Douloureux passage des rêves Etudiant à la Réalité du Travail… Une forme d’enculade sans préparation

Du coup, nous les jeunes démunis de talents artistiques et de capacités sportives hors du commun,  nous nous efforçons de rentrer dans les plans de la société en suivant une formation pour réaliser une belle carrière professionnelle, symbole d’une vie réussie et moins risquée financièrement que l’espoir d’une vie d’artiste/sportif.

Le début des études fait fleurir dans nos têtes bien pleines moults rêves matérialistes : acquisition d’un penthouse avec jacuzzi, vacances aux States, cocktails sur des rooftops, mais surtout un accomplissement personnel grâce à un métier passionnantLes instances académiques tentent de nous en persuader au moyen de slogans créatifs et de visuels inspirants:

networking travail
« Hi I am John, the new project manager executive officer. nice to meet you« . Tu vas serrer des pinces #networking
travail marketing
Tu vas faire des analyses de qualité: « Et là comme vous pouvez le voir, le marché est en décroissance. ». #Einstein

L’égo sous perfusion des publicités, des success stories et des réseaux sociaux, on entre sur le marché du travail avec la volonté d’en découdre, persuadés qu’on va tout NIQUER comme B20 grâce à notre motivation sans faille et notre talent unique. Les discours TED et la biographie de Steeve Jobs achèvent de nous convaincre qu’on a tous quelque chose de grand à apporter à ce monde… LOL.

Cependant, notre destin, que l’on pensait stéllaire et spécial, se confronte malheureusement à la prosaique réalité des choses: 

Cas n°1: LE CHOMAGE. Le poste de directeur marketing de Coca-Cola qu’on vous avait promis n’est en fait pas disponible. Du coup vous êtes au chômage parce que l’alternative – un poste de balayeur pour chiottes chez McDo – ne vous disait pas plus que ça. Le problème c’est qu’en fait du coup vous n’êtes pas vraiment au chômage. Parce que pour toucher le chômage, faut avoir déjà travaillé. Un stress s’installe et vous diminuez vos ambititions.

Cas n°2: UN EMPLOI INTERECHIANT. Vous avez été un gros BOGOSSE pendant vos entretiens et avez trouvé un premier emploi dans le commerce, la communication, le marketing, la finance, le conseil etc… Champagne! Puis les jours filent et l’excitation péréclite tel un amour de vacances. On se réveille avec la gueule de bois et un bel ananas dans le cul. En réalité, votre « perfect job » consiste à tenir des débats stériles en réunion, à faire en sorte que les bullet points de la présentation powerpoint de votre n+1 soient alignés et à envoyer des « cordialement » par email, tout ça le cul sur la chaise devant un ordinateur moche.

jeunes actifs

« So excited to start my new job & to make a difference« .
MYTHO.

III)  Une Théorie sociologique de l’emploi intérêchiant

A dire vrai, c’est surtout l’expérience de l’absurde qui vous mine le moral. Comme lorsque votre manager vous demande de construire un tableau croisé dynamique du nombre de crayons à papier commandé par le service achat. Ou lorsque le Big Boss envoie un mail pour rappeler la nécessité de réaliser un profit supérieur l’année suivante. Une question Pascalienne s’abat sur vous tel un hibou: « Pourquoi diable devrais-je aider cette entreprise à augmenter son profit? », « Pourquoi faire de la croissance? », « Pourquoi est-ce que, même si je lutte contre, je m’en bats littéralement les couilles ? »

  • Ce scepticisme se heurte violemment à la motivation et au dévouement de vos collègues qui y travaillent depuis 15-20 ans et qui semblent apprécier. Parfois dans l’ascenseur, Jean-Louis de la compta vous narre discrètement les tensions qui règnent entre Henri et Bernard, ces managers ambitieux des eighties « Ils peuvent pas rester dans une même pièce car Henri a obtenu le poste que Bernard convoitait. C’est tendu entre les deux » . Il jubile. Le genre d’anecdotes qui lui fait s’en foutre partout dans le pantalon. Vous demeurez songeur. Vous vous demandez ce que vous pouvez bien en avoir à foutre que Bernard, responsable Marketing, ne puisse pas blairer Henri, le directeur commercial. Par manque de panache, vous vous retenez cependant de suggérer à Jean Louis de penser à bien fermer sa gueule à l’avenir et optez pour la sobriété: « Trépidante histoire Jean Louis, n’hésitez pas à me conter d’autres potins de la boite, j’adore.« .
  • Outre la nature des tâches qui déçoit autant que la découverte d’une mouche dans un BigMac, vous remarquez un gros problème spatiotemporel dans vos semaines: Les week ends sont trop courts. Sérieux, qui est le FDP qui a instauré qu’on travaillerai 5 jours sur 7 ? C’est quoi l’argument principal? La productivité? ça fait 15 ans qu’on invente des robots et autres ordinateurs censés être de + en + puissants, et deux observations : on travaille toujours autant et on fait toujours aussi peu de croissance. Le moment est peut être venu d’inventer de tester les weekends de 3 jours… #JDCJDR
  • Si encore le salaire allait avec… mais en fait non. On n’est malheureusement pas totalement dédommagé pour notre ennui. Les RH nous violent en toute impunité en omettant de préciser que le salaire annoncé sur le contrat est le salaire brut. Or le salaire net est au salaire brut ce que le Double Whooper est à la photo du Double Whooper. Une pâle copie. Une vaste escroquerie. Certaines rumeurs relatent d’ailleurs l’existence d’un impôt sur le revenu après chaque année travaillée. Je compte intenter un procès à l’état français si jamais cette légende s’avérait réelle.
  • Cette expérience du néant enjoint le jeune diplômé à aller chercher du sens ailleurs, dans le rêve d’une carrière interlope. Ce sont d’abord des regrets qui vous animent: « Bordel, les choses ne sont pas comme elles devraient l’être. J’aurais dû être joueur professionnel au Foot. Si seulement cette blessure tragique ne m’avait pas empêché de faire partie de la sélection départementale du Limousin à 12 ans, je jouerais sûrement au Barça aujourd’hui ». Suivi d’une deuxième phase, optimiste, qui consiste à se chercher un éventuel talent dans l’Humour, l’Art ou la Musique: « j’ai toujours rêvé de vivre de ma plume, allez je lance mon blog. Je l’appellerai le Sociologue et, grâce au traffic substantiel, je gagnerai des millions en revenus publicitaires ». La troisième phase, celle de la désillusion: « Donc le mois dernier, j’ai gagné… 4,30 euros. Soit un jambon beurre. Bon ok c’est compliqué de gagner ma vie en faisant quelque chose que j’aime vraiment ».

C’est même généralement tout le contraire: Plus vous aimez l’activité que vous faîtes, moins elle vous rapporte. Exemple: j’adore me branler et ça me rapporte que dalle.

 

IV) Le mensonge en société et un discours à géométrie variable

On pleure cette obligation de se lever le matin et d’affronter, aux heures de pointe du métro, l’humidité des aisselles de vos concitoyens… mais on s’y fait. Un peu comme on accepte que McDo retire le 280 comme ça, sans vergogne, sans penser aux millions de fans. Notre esprit antigonesque de résistance dans les chaussettes. Alors on se met à mentir « oui je m’y plais, mon travail est intéressant« . L’usage quotidien d’ExSelle (un logiciel de merde lol) produit son lot de petites joies inopinées. Etant donné que vous passez 75% de votre semaine au travail, vous êtes bien obligés.  Personne ne veut être accusé d’avoir une vie de merde 75% du temps. Le salaire qui tombe à la fin du mois, bien que déceptif, devient l’unique intérêt de votre travail intérechiant. Un affront de plus pour l’idéaliste que vous étiez. Conséquence inattendue : la consommation de drogues explose et Touche pas à mon Poste cartonne. (gratos, je déconne)

Sinon le réflexe consiste alors à être évasif sur sa condition, surtout en société.

  • Le Discours en Société

« Franchement c’est cool, j’apprends un métier et l’industrie est intéressante.  Je manage des projets. Ce qui est génial avec ce boulot c’est qu’il n’y a pas de journée-type« .

Quand quelqu’un te dit « y a pas de journée-type », ça veut dire qu’il y a des jours où il se fait énormément chier, et d’autres où il se fait juste chier.

  • Le Discours avec vos collègues de travail

« Oulala je suis fatigué, c’est le rush permanent en ce moment héhé. Pas envie de travailler aujourd’hui huhulolilol« . Vous précisez « aujourd’hui » pour jouer sur le côté incongru et singulier de la situation mais en fait vous n’avez fondamentalement jamais envie de travailler.

  • Le Discours face au Miroir :

homme-miroir

« Putain je suis vraiment bien rasé. Mais honnêtement j’ai envie d’aller au boulot comme de chier un cactus »

  • Le Discours quand tu vois les publicités de Red Bull et de GoPro :

« Putain ma vie c’est vraiment de la merde…« . Dans le métro, la musique que vous avez dans les oreilles vous transporte dans le clip vidéo de votre vie révée. Mais ça ne change rien. Vous êtes toujours dans ce métro. Et les One Direction s’amusent avec des bananes en plastique et pleins de meufs Live While We’Are Young des One Direction. 

  • Le Discours quand tu vois Norman faire des vidéos:

« Il gagne plein de thunes pour raconter de l’humour drôle du quotidien devant sa webcam… Vas y je vais faire pareil… Ah mince c’est vrai, j’avais oublié… j’ai pas de talent :'( « 

  • Le Discours quand tu vois tes potes envoyer des tours du monde de ouf

« Azy les batards, ils se mettent bien, je vais faire ça aussi.. YOLO. Vivre d’Amour et d’Eau fraîche… » Mais après y a la pression sociale « non mais si tu fais ça, après ça va être compliqué pour trouver du boulot et tout ». NTM tueur de kiffe.

 

VI) Quelles solutions pour le bonheur? Les Recommandations de Steeve

Qu’est ce que la satisfaction si ce n’est la différence mathématique simple entre la réalité et nos attentes? Comme lorsque tu vas à une TEUF que tu as fantasmée toute la semaine et que tu te rends compte qu’y a aucun(e) bonne meufs/ beaux gosses: tu es triste comme un roumain loin d’un parcmètre. Pour le 1er emploi c’est pareil. La réalité n’est pas mauvaise. Nos attentes de jeunes kiffeurs étaient sans doute trop élevées. (Fuck La pub, le gouvernement et François Bayrou aussi).

Voici mes recommandations stratégiques de consultant pour s’en sortir. Comme dirait le crabe royal, à prendre avec des pincettes:

1/ Faire un braquage d’une Banque (elles s’en foutent, elles ont plein de thunes!). Rester discretos quelques années. Puis s’acheter un Yacht et pécher des grosses morues sur la côte d’Azur. YOLO.

2/ Monter son entreprise successful rapidement et revendez-la plusieurs millions. Enfin aller chiller à Barcelone où l’immobilier est 3 fois moins cher qu’à Paris et où les femmes sont tout aussi belles que latines.Plus respectable socialement, en plus vous aurez des enfants bilingues en plus #astuce

3/ Trouver un boulot de planqué où ça termine à 17-18h max. De toute façon, si vous êtes salariés à Paris, peu importe les K euros et les horaires que vous ferez, vous n’arriverez jamais à vous acheter plus qu’un toilette dans la capitale. Restez planqué quelques années dans votre taffe intérêchiant . Trouvez vous une ambition secrète. Le plus tôt sera le mieux. S’embourgeoiser est néfaste pour la folie des rêves. Economisez votre bonheur. Financez ce rêve avec ce travail intérechiant. Genre un voyage en Mongolfière. Kiffer. Instagrammer ce moment. LOL. Non ne faites pas ça.

4/ Quitter son boulot intérêchiant. Ouvrir un Bar à cocktails stylé avec 1 ou 2 potes et invitez-y un max de gonzesses. Comme ça, aucun boss pour vous casser les couilles et vous serez payés pour boire des mojitos. Plutôt cool non?

 

Le Mot de la Fin:

En fait, c’est simple, pour éviter d’avoir un travail intérêchiant, il faut trouver un travail qui n’en est pas un. Le souci c’est que 99% du temps, ça paiera sensiblement moins bien qu’un travail intérechiant. #SAMERELAPUTE

Par delà, la dictature du prestige social et financier, il n’y a pas de sots métiers ou de destins en mousse. Il n’y a que des gens heureux ou frustrés. Le romantisme : on a plus qu’un vulgaire tableau Excel à offrir à ce monde. Après tout, faut pas oublier que l’actionnaire majoritaire de nos vies, c’est nous. #LYRISME #POESIEBANCALE

ps: Le discours de Steeve après avoir lu son propre article: « Vas-y je démissionne bientôt… enfin… dans quelques mois t’as vu. Faut quand même sécuriser des cash flows pour aller au DoMac pendant un an. »

ps2: Ah oui et au fait Nique la Crise. Petite Pute.

Capture d’écran 2014-09-01 à 23.21.08

Les politiciens ont pas bien compris le projet. On veut pas une école qui se rapproche des entreprises, on veut des entreprises qui arrêtent de proposer des taffes intérêchiants.

3 comments

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