Le Hipster

 

Hipster = Terme désignant une personne qui refuse la culture « mainstream » à tous les niveaux de son « life style ». Grand chantre de la pensée indépendante, le Hipster nous gratifie souvent de petites liquettes chinées à tout hasard dans le marais. En général, le Hipster se trouve plus stylé que la moyenne.

Ex: Le Sociologue est un blog trop stylé, c’est un repaire à Hipster.

La société se hipsterise. Nul besoin de s’appeler le Sociologue et d’être beau comme Steeve Bourdieu pour s’en rendre compte. Dans ce monde de l’instantanéité et de la lassitude facile, il est devenu primordial d’imposer un lifestyle unique pour ne pas être étiqueté de « mouton ». Le hipster n’est pas indissociable d’une forme de théâtralisation de ses faits et gestes. Il commence par partager ses trouvailles musicales, gustatives ou encore vestimentaires avec quelques happy fews avant d’abonder les réseaux sociaux de sa vanité artistique. « J’écoute ça, je m’habille là, je suis trop stylé »  Du rideau en velours côtelé qu’il élève au rang d’outfit suprême (car déniché dans quelques brocantes ou friperies parisiennes) nait l’impression d’un je-m’en-foutisme vestimentaire dont l’honnêteté intellectuelle est à questionner. Le Hipster adore s’auto évaluer stylé, mais ce qu’il aime encore plus c’est que les autres le trouvent stylé. A l’image de Dorian Gray, le Hipster fait de sa vie une œuvre d’art et construit sa légende en cherchant la distinction. Se distinguer d’autrui, être avant-gardiste, ne pas copier… Voilà l’essence même du mouvement hipster. Pour autant, si cette philosophie a pu sembler légitime et pérenne, les analystes montrent que le mouvement est arrivé à un point de non retour. En effet, le Life Style du Hipster est devenu à son tour populaire. Doit on s’attendre à la mort du Hipster? Comme le raconte la Fouine, cette grande figure de l’intellectuel moderne, pour savoir où l’on va, il faut savoir d’où l’on vient. Comme d’habitude, le Sociologue n’a rien laissé au hasard et est heureux de vous gratifier d’une réflexion haute en couleur. Origine du Hipster. Déclinaison du Hipster. Problématique ontologique du Hipster.

I)             Un peu d’histoire

La légende raconte que le terme Hipster aurait été inventé au milieu du 20ème siècle dans le but de donner une appellation aux amateurs de jazz et surtout de bebop. Cet avant-gardisme musical chatoyant aurait alors été la pierre angulaire d’un nouveau lifestyle qui alliait drogue, langage saugrenu et séduction par le style vestimentaire. Des étymologistes ont également développé la théorie selon laquelle le mot hipster proviendrait du concept « hype » auquel on aurait rajouté le suffixe « ster » en hommage à Fred Astaire ce grand danseur de carmagnole. Pour être honnête, le Sociologue ne croit pas un mot à toutes ces versions. En fait, la vraie origine du mot Hipster provient du croisement – je dirais même de la rencontre fortuite – entre les mots Hamster et Hype. Un livre secret raconte qu’au siècle dernier le Hamster était un animal de compagnie très en vogue au sein de l’aristocratie européenne. Posséder un hamster était un signe de richesse et de pouvoir. Les heureux propriétaires de Hamster avaient pour coutume de lui acheter une cage et beaucoup de petits accessoires pour qu’il se sente bien chez lui. On lui offrait également quelques outfits pour éviter qu’il ne prenne froid après s’être adonné à quelques footings dans sa cage. L’aristocratie d’antan s’était vite rendue compte que plus le hamster avait des vêtements stylés, plus il était heureux et séduisant.  Cet avant-gardisme vestimentaire faisait de lui un leader d’opinion parmi ses pairs. L’opportunité lui était ainsi donnée de se taper toutes les petites Hamsters des voisins.

« Hey ton hamster est trop hype, c’est un Hypester !» déclara un jour le comte Hébon. Les années ont passé, la mode des Hypester également mais le terme est resté et dans l’usage l’appellation s’est transformée en « Hipster » désignant de facto tous les originaux et autres avant-gardistes  musicalo-vestimentaires.

NDLR : Magnanime, le Sociologue émet des théories pour faire avancer le savoir de l’Homme. Cependant le Sociologue n’est pas certain à 100% que le mouvement Hipster soit lié à une histoire d’Hamster.

 

II)          Quel Hipster êtes vous?

a) Le Hipster Musical

C’est la haine de David Guetta réincarné en une personne. Barbue et avec des lunettes, il n’écoute jamais d’inepties sonores commerciales et chie allégrement sur NRJ, Fun Radio et autres radios capitalistes. Il chie également sur sa ville car il trouve que la scène électro est risible comparé à Berlin. Il a d’ailleurs pris un abonnement Air France (le hipster jouit de quelques cash flows disponibles) pour aller à Berlin au moins un week end sur deux. Il s’en va quérir là bas des fringues à bas prix dans des friperies ou bien dans des poubelles locales. Niveau musique, il est très indie pop, mais surtout électro dubstep minimal housetech. Il connaît bien évidemment la signification de tous ces sobriquets ridicules. Il explique à qui veut l’entendre les origines et différences de ces mouvements musicaux : « non mais tu vois, déjà la minimal dubstep c’est du 150 BPM en général et il y a beaucoup moins de cuivre que dans l’électro new wave ». Il adore passer des heures à la recherche de quelques pépites sur Soundcloud et Youtube, à condition bien entendu que celles ci jouissent de moins de 10  000 vues/écoutes. Si ce chiffre d’or est dépassé, il se remet en quête de nouveaux titres inconnus car il doit tenir son rang. Nostalgique par nature, c’est un fin amateur de brocantes et des vides greniers qui lui permettent de faire l’acquisition de nombreux vinyles et tourne-disques à l’ancienne. A ce sujet, il s’oppose aujourd’hui brutalement à l’utilisation des Ipods qui sont devenus l’opium du peuple. Un jour, il a tenté de se confectionner un walkman à vinyle mais pour des raisons pratiques il a abandonné.

hipster 2

b) Le Hipster Cinématographique

Le Hipster cinématographique, contrairement au Hipster musical, aime à étaler sa science et sa culture. Il aime donner son avis et lâcher à tout bout de champ des petites critiques subversives. Il est bien entendu fan de cinéma indépendant, possède sa carte d’abonné des cinémas d’art et essais et s’est littéralement masturbé devant le très divertissant « Tree of Life » de Terrence Malick. Il est contributeur pour divers blogs artistiques et y va de ses petites répliques cinglantes à l’emporte pièce : « Un scénario placide qui n’a d’égal que la vacuité d’un dialogue rébarbatif, un travail de forçat pour une conclusion courue d’avance, une marche morne vers l’inévitable en somme ». Il fait évidemment dans le lyrisme et la rhétorique qui l’enjoint à une forme de plaisir cérébral et de délectation de son propre verbe. C’est aussi sa façon à lui de se faire du bien car le hipster ne se masturbe pas. Trop populaire.

c) Le Hipster du Brunch

Le brunch est une activité très importante dans la vie du Hipster. Non pas parce qu’il a plus faim que la moyenne, mais parce que c’est un moyen de tester son niveau de Hipsteritude. Le Hipster est un champion en puissance. Il a besoin de s’entraîner en permanence pour rester à son meilleur niveau voire devenir un meilleur Hipster. Tester sans relâche tous les brunchs de sa ville lui permet de s’améliorer dans sa catégorie et de devenir une référence sur le marché du brunch. Vu qu’il peut en théorie bruncher qu’une fois par jour, il a décidé de changer de paradigme conventionnel en tentant des brunchs du soir :

« Bonjour, je voudrais deux croissants, une viennoiserie gourmande, l’hamburger bacon chèvre avec l’accompagnement des frites et un jus de litchi s’il vous plait.

–       Monsieur il est 20h30, nous ne servons plus de brunch.

–       Quoi vous ne servez pas de brunch? Mais c’est un scandale, à Berlin, on peut bruncher à n’importe quelle heure de la journée. »

Oui, le benchmark Berlin est souvent un argument de poids pour justifier ses prises de position à contre courant.

NDLR : Appel à témoins. Le Sociologue est toujours perplexe sur la question du brunch. Si quelqu’un peut lui expliquer pourquoi il est plus stylé ou meilleur (d’un point de vue gustatif) de faire un brunch que d’aller dans une brasserie classique pour y dévorer une bonne bavette frites? Enfin, c’est pas très grave non plus de louper un petit déjeuner…

d) Le Hipster vestimentaire

En fait tout est dans le style. Si on considérait ses fringues à part, on pourrait penser qu’ils appartiennent à un sans abris ou à un mauvais bucheron des montagnes. Mais le fait est que, portés par un jeune Hipster, ses outfits viennent créer un savoureux mélange d’harmonie vintage. Qu’est ce que le style sinon l’expression de notre moi intérieur : des petites lunettes carrées pour notre côté intellectuel, une chevelure boisée et ébouriffée à la manière de la série Magnum pour notre côté animal, un veston en tweed pour notre côté trendsetter et nostalgique, des petites bottines masculines sans port de chaussettes pour bien sentir des pieds… Un mélange tout à fait intéressant qui participe de la création d’un personnage attachant. Notons que le Hipster vestimentaire n’est pas pauvre mais peut faire preuve de beaucoup de mange quignonerie pour acquérir ses outfits de hipster. Il n’hésite pas à shotguner sans vergogne toutes les fringues d’Emmaus pourtant destinées à un tout autre public.  Ce qui lui libère une manne financière considérable et lui permet de prendre des cocktails à 15 euros au Comptoir général à Paris. « Non mais tu comprends, c’est un concept de social business, c’est un centre culturel, en allant là bas, je contribue à l’émergence d’un nouveau langage solidaire et éco responsable ». Ok d’accord !

e) Le Hipster Total

Le clerc du XXIème siècle, la figure de l’intellectuel capable de donner son avis et d’avoir une influence dans des domaines qu’il croit maitriser. Si le Hipster peut parfois jouir d’une mince légitimité dans la musique (justifié par un passage inopiné au conservatoire étant plus jeune), il dépasse souvent les bornes en s’octroyant le droit de donner son avis en sport, en stratégie d’entreprise ou en politique par exemple. « Vous avez voté pour le candidat gagnant… Tellement populaire, bande de moutons, je vous méprise ». Prisonnier de sa propre philosophie, chaque décision est un véritable supplice. Imaginez donc Bryan Kevin un Hipster total. Bryan est un Hipster depuis ses 8 ans. A l’époque il avait été le premier à s’offrir des Pogs qu’il avait pour habitude de jouer contre lui même dans la cour de récré. Mais par la suite un petit con de sa classe a eu l’idée de l’imiter, puis deux, puis trop petits cons. Bientôt c’est toute la cour de récréation qui s’est mise à jouer aux Pogs, il est donc passé aux Pokémon. Et puis à nouveau, les Pokémon sont devenus une mode. Il a changé d’école. Depuis le temps a passé, mais les principes sont restés intacts. Dès qu’une majorité de personne se met à adopter son life style, il se sent obligé de changer. Sa vie réside dans une fuite en avant systématique. Il est, tel le héros romantique Hernani, « une force qui va » là où personne d’autre n’ira. Même la question du matin est un calvaire pour Bryan : « dois-je prendre des chocapics pour mon petit déjeuner ? J’adore ça mais c’est très mainstream les chocapics… Ils en font de la pub à la télé… Bon allez va pour l’aubergine… ça je suis sûr que personne n’en mangera au petit déjeuner ». Il teste toutes sortes de mélanges gastronomiques ineffables pour être rassuré sur l’unicité de ses gouts et de sa personnalité. Le problème c’est qu’à force de ne pas vouloir faire comme les autres, il mène une quête identitaire infinie qui finira certainement en suicide du Hipster. Le suicide du Hipster consiste à rendre son skate et acheter un album de Bob Sinclar.

 

III)        Hipster ou pas Hipster ??

Les Planches : Pas Hipster mais peut le redevenir à tout moment (le Hipster sait apprécier une jolie fille en fleur)

Wanderlust : SO 2012 ! C’est resté Hipster environ 1 mois et demi avant de tomber dans le mainstream.

McDonald’s : Il y a un vrai débat là. Certains Hipsters adorent le McDo. Mais vu que c’est quand même hyper mainstream, ils n’y vont que lorsque le « big tasty » ou le « 280 » ressortent. Histoire de bien montrer qu’ils ne cautionnent pas le Big Mac.

Daft Punk : Pas Hipster (en tout cas pas depuis la sortie de leur album Homework en 1997).

Berlin : Hipster mais plus pour longtemps car les loyers augmentent et l’affluence grandit.

Internet : Maintenant que plus de 50% de la population est connectée, les Hipsters se sont remis au Minitel.

L’Iphone : Le Hipster n’est ni un mouton ni un pigeon. Le hipster possède un seul téléphone et c’est un Nokia 3410. Il adore le jeu Snake.

Gesaffelstein : C’est devenu trop vite Mainstream, ça a dégouté les vrais Hipsters qui l’avaient découvert. Putains de réseaux sociaux !

Le Bagel : Manger des Bagels au saumon à New York city c’est encore un peu Hipster. Mais en France, c’est comme les sushis, c’est fini !

David Guetta : De plus en plus de jeunes commencent à lui cracher dessus, à tel point que ses fans seront bientôt minoritaires : David Guetta, égérie Hipster en 2015?

François Hollande : C’est très Hipster en ce moment de supporter François Hollande !

 

IV)        Et si le Hipster était devenu mainstream ? Le paradoxe Hipster

En fait, être Hipster est devenu une mode.  Tout le monde souhaite bruncher parce que ça envoie un « fat paté croute » de manger un hamburger en même temps qu’un ananas aux groseilles.  C’est également très bien vu d’être un early adopter des bars qui seront bientôt tendance ou de découvrir leurs pépites électroniques (sur Souncloud, Youtube etc.) avant qu’elles ne deviennent des « One day » de Wankelmut. Or l’essence du Hipster c’est d’être à contre courant. Mais tout le monde veut devenir Hipster. Donc si tout le monde est à contre courant, le Hipster redevient de facto la norme, le mainstream? A ce rythme là, David Guetta sera vite redevenu Hipster. Mais finalement, le vrai Hipster n’est-il pas cette figure du proverbe « pour vivre heureux, vivons cachés » ? Le Hipster est celui qui ne déclare pas ses goûts, qui garde ses découvertes et la finesse de son jugement esthétique pour lui et ses proches. On l’admire à petite échelle à la manière de cet esthète qui s’en va nous dévoiler le beau lorsque, trop aveuglés par un quotidien du mimétisme grossier, nous ratons les vraies perles de la vie.

 

V)          Conclusion

A l’instar du magicien qui ne dévoile jamais le secret de ses tours, le Hipster devrait lui aussi revenir à ce qui avait fait sa force dans le passé : l’humilité et la discrétion. La société, de plus en plus connectée, a accouché d’un pastiche de Hipsters « so fresh fashion » qui exaspère le Sociologue. En somme la vulgaire rencontre du Hipster et du Bling Bling. A quand le retour à une éthique du Hipster ? Un Hipster qui aurait cessé d’utiliser les réseaux sociaux et qui vivrait sur un plateau du Larzac à élever des chèvres tout en écoutant du gros son Berlinois (et en se préparant des brunch aux groseilles et fromage de chèvres qu’il élève lui-même)… Voilà le grand défi du Hipster 2.0.

NDLR : Le Sociologue est un hipster musical. Il compose lui même des sons électroniques et ne les fait découvrir à personne. Son meilleur remix en est à 12 vues sur youtube. Si ça, c’est pas un son de Hipster !?

 

 

 

 

 

3 comments

  1. Docteur Lavezzi

    Excellent article, comme souvent !
    Mais si je peux me permettre, il y a juste une omission dans la problématique du Hipster: leur rapport au tatouage. Aiment-ils ou au contraire, détestent-ils ?
    Djibril Cissé peut-il prétendre au titre de Hipster d’Or ?

    Merci par avance de ta réponse Steeve !

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