Le Squatteur

 

Squatter = Terme générique qui se réfère à l’action de s’incruster à une place qui n’est pas la sienne ou de profiter de choses et plaisirs pour lesquels la personne en question n’a pas de droit de fait. Un squatteur se dit d’une personne qui squatte souvent.

Ex: Ce mec passe sa vie à squatter chez moi = Il passe son temps chez moi.

Ex2: Il squatte mes Frosties, mon canapé, mon canal + et mes toilettes. 

Le squatteur est un animal social insaisissable. Il est polymorphe, difficilement identifiable à court terme et parfois sympathique. D’aucuns diraient qu’il est partout et nul part à la fois. Le Sociologue, à la curiosité insatiable, a décidé d’en savoir un peu plus sur cette tendance en tentant d’apporter des réponses, comme toujours, pertinentes aux questions suivantes: Qui? Comment? Pourquoi? Une segmentation fine et précise de ce qui constitue aujourd’hui un véritable écosystème du squat!

Pour introduire notre réflexion, il est clair que l’un des « Pourquoi ? » semble déjà avoir été identifié. La crise est un des grands vecteurs de développement du squat car le squat est indissociable d’une forme de mange quignonerie (cf : le mangequignon). Un très bon plan logement peut être – par définition – un plan où l’on ne paye pas. Malheureusement les propriétaires et autres rentiers immobiliers sont très peu nombreux à proposer ce type de gâterie. Alors, généralement, chercher « le bon plan » relève d’un impossible casse tête qui se termine souvent par l’activation de moyens interlopes. C’est là que la notion de solidarité intervient. Au début du squat, il y a toujours la solidarité d’un proche. Celle ci peut être naturelle ou imposée.

 

I) L’Entrée en matière du squat

1/ Solidarité naturelle: Squat d’un commun accord sur proposition du “squatté”

Squatteur (pas encore au courant qu’il s’apprête à squatter):

– Je suis un peu dans la merde, je commence mon stage dans une semaine et je n’ai toujours pas trouvé de logement… Je ne savais pas qu’il était si dur de trouver un appartement décent à Paris…

Ami(s) (solidaire(s) et généreux):

– Bah écoute, au pire, je peux potentiellement te loger pour une semaine en attendant de trouver chaussure à ton pied.

Squatteur (déjà un peu plus conscient qu’il se met sur un projet squat à court terme):

– Non vraiment ça me gène! Tu es sûr ? Bon c’est d’accord, mais je te promets que c’est l’histoire d’une semaine et pas un jour de plus. Je vais chercher mon appartement jour et nuit ! Bien entendu, je participerai aux courses. Et pour te remercier, je vais te préparer un super diner ce soir! Allez, lâchons nous, Restau ! J’ai vu qu’il y avait un hippopotamus dans le coin !

Analyse 1: Belle entrée en matière du squatteur qui, peu importe si c’était voulu ou fortuit, arrive à persuader son ami de l’aider pour quelques jours, sans en perdre sa dignité. On note également la belle promesse « je te prépare un super diner ce soir/restau » qui suppose une forme de réciprocité du service rendu.

2/ Solidarité imposée: Squat issu d’une demande explicite

Squatteur (en puissance):

– Mec, je suis dans une merde. J’ai un service à te demander, tu peux me sauver la vie ?

Ami (avec la perplexité préventive qui convient dans ce type de situation):

– mmmh dis toujours… 

Squatteur (qui voit une ouverture):

– En fait, tu sais mon COCHON DINDE (ndlr : produit de l’accouplement entre un cochon et une dinde) Nelson vient de mourir, et en ce moment, ça va pas fort avec la crise et tout ça, j’ai un peu de mal à payer mon loyer tous les mois et mon propriétaire m’a menacé de me faire expulser. J’ai bien pensé à dormir sous les ponts de Paris, mais bon tu me connais, dormir sous les ponts, j’ai pas trop envie… Au final, si ça continue, je risque de devoir passer par là pendant quelques temps…

Ami (un peu con mais gentil) :

Bon qu’est ce que tu veux ? Que je t’héberge un temps chez moi ?

Squatteur (triomphant) :

– Ah bah tu vois, je n’osais pas te le demander, mais c’est vraiment hyper sympa de ta part de me le proposer. Tu es vraiment un super copain ! Tu es certain que ça ne te dérange pas hin? Ça t’embête si je bouge mes affaires chez toi dans l’après midi?

Analyse 2: Très belle technique qui repose, à n’en pas douter, sur une large expérience du squat. La détresse, la perspective de dormir sous un pont, la mort du proche, les problèmes d’argent… Le squatteur a plusieurs cordes à son arc et aime les tendre toutes à la fois. Notons que, dans cette situation, la dignité du demandeur n’en ressort pas indemne.

 

II) Une polymorphie du Squatteur : quel squatteur êtes vous ?

Le squat s’assoit donc sur deux techniques d’entrée en matière aux styles différents. Certains poussent l’analyse en évoquant l’existence de  « deux écoles du squat » dans l’accroche. Empiriquement, le squat d’un commun accord a un taux d’aboutissement supérieur. Notez que si l’on remarque une dualité des techniques d’approche, il existe cependant une véritable polymorphie du profil du squatteur lorsque celui ci est en action.

 

Type1 : Le squatteur sympathique. Probabilité de rencontre en milieu urbain 10%

Le squatteur sympathique, c’est un peu le squatteur qu’on a tous envie d’avoir chez soi. Certes, il ne paie pas de loyers, mais il dort généralement sur le canapé (on l’autorise parfois à squatter une chambre libre lorsque l’un des colocataires s’absente) et participe aux frais et aux tâches ménagères. Il ne fait pas trop de bruit. On ne le retrouve pas non plus en train de se masturber sur un vieux film érotique d’une mauvaise chaine câblée en pleine nuit alors qu’on était juste allé prendre un verre d’eau à la cuisine. En somme, sa présence ne gène pas. Il y a même parfois des petits bénéfices car le squatteur sympathique se sent redevable et va tout faire pour se faire aimer de ses hôtes. Un petit brunch préparé à l’emporte pièce, œufs Bénédicte et petite salade de fraicheur printanière, le squatteur sympathique ne lésine pas sur les moyens pour remercier ses hôtes. Le must ? Rentrer et découvrir que tout son appart a été rangé et que le sol sent le jasmin des îles.

Malheureusement – la vie est parfois mal faite me direz-vous – le squatteur sympathique est le squatteur qui possède la moyenne de temps de squat la plus faible de l’échantillon étudié : une semaine à peine. Avec des pics à deux semaines si vous avez de la chance et que vous tombez sur un squatteur sympathique mais peu doué pour dégoter un bail à son nom.

Type2 : Le squatteur faussement sympathique et un peu mange quignon. Le spécimen le plus répandu aujourd’hui, on estime sa prévalence à environ 60%.

C’est la forme la plus répandue du squatteur en milieu urbain. Il est un peu espiègle car on ne découvre sa véritable nature qu’après avoir assemblé des détails, de prime abord, insignifiants. Le premier matin, vous vous réveillez et découvrez qu’il n’y a plus vos frosties préférés. Vous soupçonnez d’abord l’un de vos colocataires officiels qui vous assure que ce n’est pas lui. Le lendemain, vous découvrez qu’une partie de votre bûche de fromage de chèvre s’est fait la malle. A chaque fois, la variation de quantité de votre bouffe est à peine perceptible à l’œil nu, en somme insuffisante pour être tout à fait sûr que quelqu’un y a tapé dedans. Vous commencez cependant à regarder de travers votre squatteur mais vous vous faites une raison : « ce n’est pas possible, il n’oserait pas, on l’héberge ». Sentant le roussi, le squatteur faussement sympathique et un peu mange quignon s’empresse d’aller faire des courses pour éviter qu’on le soupçonne de quoi que ce soit. Il s’arrange pour revenir, les courses à la main, à l’heure où tous les colocs sont là pour que tout le monde puisse bien constater son attachement aux valeurs de partage et de générosité. Il revient avec des yaourts aux fruits que personne n’aime et 1 kilo de pâtes de la marque distributeur de la superette du coin. Vous lui demandez gentiment s’il n’y avait pas des sortes de sauces ou autre huile d’olive pour accompagner ces délicieux mets. Il vous répond avec panache qu’il n’y avait plus rien dans la superette, qu’il s’est battu comme un lion pour le dernier kilo de pâtes.

Empiriquement, par nature, c’est le spécimen ayant le plus haut taux de survie en immersion squat.

Type3 : Le squatteur sans vergogne. Plus rare car il nécessite de grandes aptitudes en « je m’en bats les couilles sans autre forme de procès ». Probabilité de rencontre en milieu urbain 10%.

Le squatteur sans vergogne est un animal social détestable. Il dit à peine merci, la ramène beaucoup trop et ne fait rien si l’on ne le menace pas d’expulsion. Il se défend de toute flemme toute en arguant des excuses fallacieuses pour éviter de faire les tâches ménagères : « non mais j’ai déjà remis le canapé à sa place hier et ce matin j’ai nettoyé la table ». Vous lui faites remarquer que ces efforts coïncident chaque semaine avec le passage de la femme de ménage la veille. Il répond sans dissimuler son audace : « c’est pas de ma faute si elle passe toujours le même jour de la semaine cette conne ». Il distille avec brio d’immondes paquets visuels et olfactifs après passage aux toilettes, en omettant soigneusement de faire bon usage de la brosse à chiottes et du système d’aération via ouverture de la fenêtre. Ses canettes de bières, ses mégots consumés et autres paquets de Pringles jonchent le salon et les interstices du canapé dans ce qui constitue l’ultime affront fait à ses ô combien généreux hébergeurs.

Le squatteur sans vergogne va généralement de squat en squat et finit par se brouiller avec tous ses proches.

Type4 : Le squatteur coloc. Un spécimen tout à fait nouveau mais dont le nombre grandit exponentiellement. Probabilité de rencontre en milieu urbain 20%.

Le squatteur colloc’ est un spécimen exceptionnel. Il a le statut de colocataire à part entière car il paie un loyer. Il s’est généralement découvert une passion pour le squat malgré lui en réalisant à quel point il était bien sur le canapé du salon à rien faire. Il dort souvent sur ce canapé car il est trop fatigué pour se déplacer jusqu’au lit de sa chambre. Il connaît par cœur l’ordre des chaines télés du câble et peut cliquer sur le bon bouton de la télécommande sans la regarder. Sa spécialité, outre la télécommande et le canapé, consiste à squatter les biens matériels de ses collocs : cela va de la nourriture aux « Outfits » de séducteur (chemise Sergio Tacchini, costard Umbro et autres douceurs stylistiques) aux consoles de jeux vidéos. Oui, inutile de le rappeler, le squatteur colloc adore jouer aux jeux vidéos. Sa position préférée est avachi sur le canapé, main gauche dans le calbute, main droite sur une bière de clochard.

Ce squatteur est très embêtant car il est impossible de s’en défaire : En tant que membre à part entière de la collocation, il a les clés de l’appartement.

Type5 : Le squatteur chez sa concubine. Un spécimen hybride entre le squatteur sans vergogne et l’infidèle (cf : prochain numéro). Probabilité < 1%.

Ce squatteur est un malin. Il utilise son pouvoir de séduction sur sa copine pour squatter tranquillement chez elle. En général, elle découvre le pot aux roses que trop tard. Attention le squatteur chez son concubin peut également se muer en squatteur sans vergogne en profitant de la faiblesse de son hôte, qui par amour, est prêt à lui donner carte blanche. Le double des clefs, aucun loyer à payer, la bouffe à l’œil, il peut même pousser l’audace encore plus loin en ramenant et tringlant sa maitresse dans le lit de sa copine.

Notez que nous n’avons, empiriquement, jamais identifié d’individus d’origine féminine qui auraient fait état de comportements relatifs au squat, ce qui nous fait douter de l’existence de spécimen de squatteur du genre féminin. 

 

III) Conclusion :

Le squat est devenu une forme d’art contemporain. Squatter en tout bien tout honneur, squatter pour le panache, squatter par mange quignonerie… Le squatteur du dimanche, l’éternel squatteur… Tant de profils et de formes possibles du squat. Devant le succès de ce mouvement silencieux, le Sociologue s’attend à voir proliférer réseaux et amicales du squatteur dans les mois à venir. Le Sociologue enjoint néanmoins tout squatteur en herbe à squatter avec modération pour ne pas finir sous un pont.

NDLR : Attention au syndrome du Squat => Action de s’attacher, de s’énamouracher voir de coucher avec son squatteur. Très rare cependant. A long terme, le squatter génère une forme de rejet, voire de la violence à son encontre.

 

 

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